Maternités en colère
Bernay (Eure) - 26 janvier 2019

"Fermer une maternité, c'est prendre des risques de tuer. De tuer des femmes et les enfants. C'est un risque qu'on connaît, et je pense que les décideurs ne peuvent pas ne pas le connaître." Evelyne Combier, pédiatre, auteure d'un rapport portant sur des données fournies par l'ensemble des maternités françaises entre 2012 et 2014

Maternités fermées depuis moins de 2 ans ou menacées de fermeture

liste malheureusement non exhaustive

Le Blanc (36) - Bernay (27) - Creil (60) - Decazeville (12) - Saint-Claude (39) - Guingamp (22) - Thann (68) - Altkirch (68) - Oloron Sainte Marie (64) - Die (26) - Saint-Chamont (42) - Brive (19) -  Cosne-Cours-sur-Loire (58) - Vierzon (18) - Mont Saint-Aignan (76) - Coutances (50) - Bar-le-duc (55) ...

7 MATERNITÉS SUR 10 ont disparu en 47 ans 

pour une baisse de seulement 15% des naissances

1972 : 1747 maternités pour 911 161 naissances

1975 : 1369 maternités pour 774 546 naissances

2017 : 512 maternités (-70,69%) pour 769 553 naissances (-15%)

Pour les nouveaux-nés, le taux de mortalité est multiplié par 2 au-delà de 45 minutes de trajet. 

HORS MATERNITE : 

  • 3 fois plus de risque que le bébé soit mort-né,  
  • taux de mortalité maternel multiplié par 13.

source : étude de Evelyne Combier, pédiatre, sur la base de données transmises par toutes les maternités françaises entre 2012 et 2014 (étude de 6 700 naissances hors maternité) citée par la Cour des Comptes dans son rapport sur les maternités et donc connu par les ARS qui prennent les décisions de fermetures.

lire l'article du Monde sur la fermeture des maternités (février 2018)

lire l'article de Marie-Claire (janvier 2019)

Sécurité, sécurité...

la tarte à la crème de la ministre

Mme Buzyn explique que ce n'est QUE pour des raisons de sécurité que l'on ferme des maternités. Les "petites" maternités seraient dangereuses. Bien que cette affirmation ne soit étayée par AUCUNE étude statistique, elle est rebattue par les gestionnaires. 

Pourtant :

La maternité du Belvédère, à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen (76), réalise 3 200 accouchements en moyenne par an. L'ARS entend la fusionner avec celle du CHU de Rouen. Gain à réaliser : 20 postes de sage-femmes !

A Paris la fusion des maternités de Saint-Vincent de Paul et de Port Royal s'est soldée par une chute de 30 à 40% du personnel, alors qu'il y a le même nombre d'accouchements que les deux maternités réunies.

Mme la ministre nous prendrait-elle pour des courges ?

mortalité néonatale

décès du nouveau-né dans le mois qui suit sa naissance

La France est passée du 6ème rang européen en 2008, au 17ème rang en 2010 et au 23 ème rang aujourd'hui.

Même si les causes sont multiples (âge de la maman et tabac notamment), et si les chiffres restent faibles (2,3 décès pour 1000 naissances), ils sont stables alors qu'ils ont baissé dans beaucoup d'autres pays. La démonstration que malgré la fermeture en masse des maternités pour de prétendues raisons de "sécurité", le risque n'est en rien diminué par la naissance dans de plus grands centres ! On en revient donc bien à une recherche de "rentabilité". Un bébé coûte moins cher en naissant dans une (très) grande maternité que dans une plus petite !

montage vidéo présenté à Bernay

Devant la mairie de Bernay
Gérald Kierzek
délégation de Thann
Pierre Jalet, avocat de l'assocation de Bernay
délégation du Blanc
Mairie de Bernay
Paul Cesbron
rassemblement devant la mairie de Bernay
Le représentant d'AUDACE53 raconte la génèse de l'association

reportage diffusé le 14 février 2019 sur la fermeture des petites maternités

Déterminés

Le 26 janvier 2019, des représentants d'AUDACE53 répondaient à l'invitation de l'association "Liberté Egalité Proximité" de défense de la maternité de Bernay (Eure) en se rendant dans la ville normande, comparable à Mayenne.

Le Centre Hospitalier vient de perdre sa maternité (420 naissances par an), même si la fermeture, prévue pour le 12 février, est pour le moment repoussée. Les futures mamans devront, selon l'administration, parcourir de 30 à 47 kilomètres pour accoucher à Lisieux ou Evreux, maternités les plus proches.

Le Blanc a vu sa maternité définitivement fermée le 19 octobre. Comme beaucoup d'autres, la raison invoquée par la ministre est le faible nombre de naissances qui poserait des problèmes de recrutement et de sécurité. Les maternités les plus proches (Poitiers, Châteauroux et Châtellerault) sont chacune à 60 kilomètres ! Résultat, le premier bébé né après la fermeture du Blanc est arrivé... aux urgences du centre hospitalier du Blanc. Beau progrès !

Bien que les problèmes de sécurité liés au nombre de naissances restent à démontrer, plusieurs contre-exemples viennent mettre à bas l'argumentation de la ministre. 

Le cas de la maternité du Belvédère, au Mont-Saint-Aignan, près de Rouen est édifiant. 3 200 naissances par an mais... un budget en déficit, ce qui amène l'ARS à envisager, tout en la démentant, la fusion avec le CHU de Rouen qui permettrait de gagner... 20 postes de sage-femmes. La sécurité a donc bon dos.

L'hôpital de Creil (Oise), en déficit, voit sa maternité de niveau III (équipée pour les soins de néonatologie et pour la réanimation néonatale) et ses 1 700 naissances annuelles transférés à Senlis, à 15 kilomètres de là alors que 40% de la population creilloise, souvent en difficulté économique, ne possède pas de véhicule ! L'hôpital de Senlis va désormais enregistrer plus de 3500 naissances chaque année...  Qui a parlé d'usine à bébé ?

Et quand Agnès Buzyn assure la main sur le cœur que, même si la Suède et le Royaume-Uni ont des maternités avec au moins 3 000 naissances par an, il n'est pas question de faire pareil en France, la volonté de regrouper les accouchements dans des centres de 1 500 à 1 800 naissances au moins par an est bien avancée dans le plan Masanté2022.

Selon Gérald Kierzek, médecin urgentiste et chroniqueur sur plusieurs médias radio et télé, présent en "voisin" à cette rencontre, le triptyque qui devrait "gérer" l'hôpital public, c'est le triptyque "politiques-soignants-soignés", les administratifs ne venant qu'en "appui". Aujourd'hui, les administratifs ont la main-mise sur l'organisation de la santé, ravalant les soignants, les soignés mais aussi les politiques, au second rang. Une manière d’illustrer que ce sont bien des gestionnaires-financiers qui pensent le système de santé public. Au détriment du système lui-même, et en particulier de l'hôpital.

Comme quoi, la fermeture pendant 2 semaines de la maternité du Centre Hospitalier de Mayenne, n'était peut-être qu'un avant-goût de ce qui pourrait, de provisoire, devenir définitif.


18 février : en visite à Bernay, Agnès Buzyn confirme a fermeture définitive de la maternité de Bernay

discours pronconcé là l'issue de cette journée

Liberté Égalité Proximité Défendre la Maternité et L'Hôpital de Bernay

18 février, 21:00 ·

Mesdames et Messieurs ,

Nous vivons un jour funeste.
Les membres du bureau, adhérents de l'association et nos amis de Force Ouvrière se joignent à moi pour vous confirmer leur colère et leur indignation.
La présidente Annabelle Vincent partage de loin ces sentiments, elle pense fort à nous tous et nous envoie son énergie légendaire. Elle vous prie de bien vouloir excuser son absence aujourd'hui. C'est aussi en son nom que j'écris ces mots :

Ce matin, Madame Buzyn nous a fait le grand honneur de sa visite mais nous ne savons pas exactement qui nous avons reçue .
Est-ce la ministre de la santé ?
- Non, car quand la santé est devenue une marchandise, on appelle ça de l'économie.
Est ce la ministre des solidarités ?
- Non, car peut on parler de solidarité quand on laisse des femmes accoucher sur le bord de la route ?
Quand on les laisse faire des kilomètres quand le travail a déjà commencé, quand on laisse mourir des bébés d'hypothermie dans des ambulances, quand on laisse le lourd fardeau à du personnel d'urgences d'accoucher des femmes sans même avoir été formé pour le faire, quand le premier souffle d'un nourrisson n'est redonné qu'après réanimation ?
Ça, c'est la réalité , mesdames et messieurs, c'est l'avenir et certainement pas, des taxis réservés ou des chambres d'Hôtel miteuses que préconise le gouvernement pour patienter avant l'accouchement. Combien de fantaisies encore devrons-nous avaler ?

Donc ce matin, nous avons reçu une femme médecin. Médecin légiste venue signer l'acte de décès de notre maternité.
Madame Buzyn fait honte à l'ordre des médecins auquel elle appartient. Elle dénigre ses confrères et la noblesse de leur métier. Par souci de réussite personnelle, elle a oublié ce que voulait dire la déontologie.
Alors je propose de lui réattribuer un titre aujourd'hui : Agnès Buzyn, ministre de l'incompétence par excellence et du mensonge d'État par habitude.
Rendez-vous au tribunal, madame.

Fermer notre maternité aujourd'hui est un acte d'infanticide ! Et la responsabilité de l'Etat n'est plus à démontrer.
Par conséquent, l'association Liberté Égalité Proximité se constituera partie civile en cas de drame résultant de la fermeture de la maternité. Les responsables paieront !

HONTE à ceux qui ne nous ont pas soutenus et qui ont tenté de saboter le travail qu'effectue chaque jour le personnel de la maternité avec soin.

HONTE à certains Élus, comme madame Tamarelle, député de la 3ème circonscription de l'Eure, qui après avoir voté contre la fermeture de la maternité s'est retournée. Elle, qui a préféré chercher la lumière des projecteurs et l'attention du gouvernement à des fins personnelles. Peut être pour grossir les rangs des incompétents qui y siègent déjà. La maternité n'est pas une monnaie d'échange. Madame, votre vanité vous perdra.

HONTE aux élus zélés comme monsieur Lecornu, la "fierté locale", que l'on a sollicité à maintes reprises et qui n'a brillé que par son absence. Lui aussi est arrivé à ses fins, promu ministre des collectivités territoriales ! N'oubliez pas votre propre territoire, monsieur Lecornu, la Normandie. Votre inaction et votre mépris, on s'en souviendra.

HONTE à la directrice de l'ARS , madame Gardel, qui comme madame Buzyn a dénigré notre personnel, a même participé à la campagne de désinformation visant à ternir l'image de la maternité et de l'hôpital. 

Aujourd'hui et comme partout ailleurs, c'est l'ARS qui décide de votre santé, mesdames et messieurs et qui gèrent les hôpitaux comme on joue au Monopoly. 

Vous le savez, vous aussi, vous êtes sur un siège éjectable, madame Gardel et il nous tarde de fêter votre pot de départ.
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On se reverra au tribunal également !

HONTE à la direction du GHT d'Évreux, en la personne de monsieur Charbois, qui siphonne le personnel des petits hôpitaux comme Bernay au profit de son établissement support. 

Comment peut-on se regarder dans la glace sans remord quand on ne défend même pas son propre établissement ?
Grace à monsieur Charbois qui fait de l'hôpital une bergerie, il n'y a plus que les brebis qui pourront donner la vie ici. Faîtes vous donc berger, monsieur Charbois,
il n'y a que les moutons qui peuvent vous suivre.

Un mot peut-être pour madame Horn, Directrice fusible du centre hospitalier de Bernay, engagée comme fossoyeur de la maternité, voire de l'hôpital tout entier, allez savoir... Je vous souhaite une bonne fin de séjour à Bernay , madame, En espérant qu'il n'y aie pas trop de ruines après votre départ.

Enfin, nous n'avons pas à rougir de notre combat!

Cela fait presque 1 an, depuis l'annonce de la fermeture en mars 2018 que nous nous battons de semaines en semaines pour le maintien de la maternité. 
Nous avons étés plus de 2000 lors de la première manifestation, il y avait près de 6500 votants en soutien à la maternité lors de la votation citoyenne, plus de 21000 signatures sur notre pétition, plus de 100 000 vues sur nos vidéos, clips de soutien et autres publications. 
Puis notre association est née à l'initiative de Jean Jayer que je salue au passage. Nous avons assigné la directrice de l'ARS, la ministre de la santé en justice et mis l'ARS sur les bancs du tribunal administratif . Nous avons mis en place une kermesse, des marches de nuit, des calendriers en vente, bloqué les travaux qui devaient mettre en place leur centre de périnatalité et détruire la mater. On a rencontré des dizaines et des dizaines d'élus ! Organisé un grand rendez vous des mater' en colère avec les représentants du Blanc, de Thann, de Mayenne, D'Oloron et d'ailleurs. On se retrouve bientôt, les amis...

Nous n'avons pas fait tout ça pour rien ! 
Nous n'avons pas à avoir HONTE, nous ! 
Nous les avons fait reculer de semaines en semaines !
Et on ne s'arrêtera pas là ! 
Contre l'injustice, nous trouverons toujours de l'énergie !

Enfin, place aux remerciements :

Merci à tous nos adhérents qui croient en nous et nous soutiennent de jours en jours.
Merci à tous les syndiqués, adhérents Force Ouvrière d'ici ou d'ailleurs qui nous ont montré un incroyable soutien, notamment lors de leur dernier périple jusqu'à Paris.
Merci à ceux qui nous suivent et partagent nos publications sur les réseaux sociaux.
Merci à tous les Gilets Jaunes d'être venus nous prêter main forte quand la mobilisation venait à manquer !
Merci à ceux qui nous ont aidé à bloquer les travaux, tant de chaleurs et d'attente dans le couloir de la chirurgie ambulatoire...
Merci à la population de Bernay et ses environs , ses commerçants.
Merci à la Ligue des Droits de l'Homme pour son soutien.
Merci aux élus de tous bords confondus, et ce n'est pas donné à tout le monde d'oublier sa couleur pour soutenir une cause telle que la nôtre . Les 2 intercom qui ont eu l'audace de nous soutenir même quand le vent semblait tourner.
Merci à notre avocat Pierre Jalet, pour son enthousiasme, son courage et sa pugnacité.

Enfin merci à vous tous d'être venus si nombreux aujourd'hui,

Je ne peux pas me résigner à vous dire que c'est la fin de l'histoire, on se battra encore et toujours, on ne lâchera rien quelle qu'en soit l'issue.

INFINIMENT, Merci...

Jérémy VAN HESE, vice-président de l'association Liberté Égalité Proximité

Quelques unes des associations de défense des maternités présentes à Bernay

Vierzon - Thann - Bernay

Altkirch - Mayenne - Le Blanc

classement des maternités

selon leur offre de soin

Les maternités 

de niveau 1

  • Elles disposent seulement d'une unité d'obstétrique. L'équipe médicale et le plateau technique sont tout à fait au point pour la prise en charge des grossesses normales. Elles ont aussi toute l'infrastucture nécessaire en cas de césarienne ou pour les soins de réanimation au nouveau-né si besoin.

Les maternités 

de niveau 2

  • Elles disposent d'une unité d'obstétrique et de néonatalogie (service de pédiatrie spécialisé pour les nouveau-nés).
  • Elles permettent la prise en charge des grossesses à risque modéré et des nouveau-nés nécessitant une surveillance particulière, mais pas de soins en réanimation.
  • Elles sont subdivisées : les maternités de niveau 2A accueillent les bébés nés à partir de 32 semaines d'aménorrhée (SA) avec un poids d'au moins 1 500 g ; le niveau 2B correspond aux soins intensifs.
  • Elles prennent en charge des nouveau-nés entre 30 et 32 SA, pesant entre 1000 et 1500 g qui n'ont pas besoin d'être intubés.


Les maternités 

de niveau 3

  • Ces maternités disposent d'une unité d'obstétrique, d'une unité de néonatalogie et d'une unité de réanimation néonatale.
  • Elles prennent en charge des grossesses à haut risque et des nouveau-nés présentant des détresses graves et n'ayant pas d'autonomie respiratoire.
  • Elles accueillent des enfants nés entre 24 et 25 SA et à partir de 500 g.